Carbone Modifié T2

Deuxième tome de la trilogie de Richard Morgan, “Anges déchus” nous retrouvons notre Diplo préféré, Takeshi Kovacs, dans une nouvelle enveloppe. Cette fois-ci, il est plongé en pleine guerre sur Sanction IV, une planète colonisée par les humains.
Au programme : aventure spatiale, guerre, technologies qui titillent l’imagination, sexe, romance, philosophie futuriste, et cette fois-ci les Martiens font leur entrée.
J’ai parfois été un peu perdu, avec une impression de récit bâclé à certains passages. Certaines descriptions m’ont échappé, difficiles à visualiser. Mais le livre m’a quand même tenu en haleine jusqu’au bout.
Sur le corps et la souffrance
Travailler le corps humain au point de la destruction n’est que l’une des voies vers la supériorité…
Dans un monde où on peut changer d’enveloppe, le rapport au corps devient étrange. La souffrance physique n’est plus une limite absolue.
Sur le pragmatisme
Se préoccuper du monde suivant, c’est être incapable de faire face à celui-ci de façon efficace.
Kovacs reste fidèle à lui-même : ancré dans le présent, méfiant de tout ce qui détourne de l’action immédiate.
Sur le prix à payer
Dans n’importe quel projet, politique ou autre, il y a un prix à payer. Demandez toujours quelle forme il prendra, et qui s’en acquittera. Sans cela, les planificateurs du projet sentiront votre silence comme les panthères des marais sentent l’odeur du sang. Et avant de comprendre ce qui vous arrive, la personne chargée de supporter ce coût, ce sera vous. Et vous n’en aurez sans doute pas les moyens.
Un passage qui résonne bien au-delà de la fiction.
La paix n’est jamais gratuite. On la paie forcément, à un moment ou à un autre. Par son opposé.
Sur la guerre et la politique
La guerre a un effet apaisant et simplificateur sur la politique, qui doit faire aux politiciens l’effet d’un rush de bétathanatine. On n’a plus à faire la part des choses, et on peut justifier n’importe quoi. Combattre et gagner, remporter la victoire. Tout le reste s’efface dans un grand flou blanc.
Morgan reste cynique sur la nature du pouvoir. La guerre comme drogue du politicien, où tout devient binaire et justifiable.
Sur la religion
Je croyais que c’était le principe de la religion. Simplifier pour les non-pensants.
La foi est une métaphore.
Votre monde est limité si vous n’y laissez aucune place pour le merveilleux.
Morgan continue son exploration critique de la religion, mais avec plus de nuance cette fois. La foi comme métaphore laisse entrevoir une certaine ouverture.
La religion établie a contre-attaqué. Les stratégies habituelles : incorporer les Martiens dans le grand tout, réinterpréter les écritures, voire en créer de nouvelles. Si ça ne marche pas, faute de matière grise suffisante pour réussir, tout nier en l’attribuant aux forces du mal, et brûler tous ceux qui diront le contraire. Ça devrait marcher.
Face à la découverte des Martiens, la religion s’adapte. Ou pas.
Sur les rituels
Disons que certains rituels doivent être observés si l’on veut garder une relation profitable avec le monde des esprits.
Moments de légèreté
Vous pensez que je serais lieutenant des Impacteurs de Carrera si je me vexais si facilement ?
Écoute, avec des jambes comme les miennes, n’importe qui avec un codage génétique hétéro me courrait après.
L’humour sec de Morgan parsème le récit, offrant des respirations bienvenues.
Le mantra de Quellcrist Falconer
Regardez la réalité en face. Puis agissez en conséquence. C’est le seul mantra que je connaisse, la seule doctrine que je puisse vous offrir, et c’est beaucoup plus difficile que vous le pensez. Parce que je vous jure, on dirait que les humains sont câblés pour faire n’importe quoi sauf regarder la réalité en face. Ne priez pas. N’espérez pas. Ne croyez pas aux dogmes centenaires, aux rhétoriques mortes. N’abdiquez pas en faveur de votre conditionnement, vos visions ou votre connerie de sens de… ce que vous voulez. REGARDEZ LA RÉALITÉ EN FACE. PUIS agissez.
— Quellcrist Falconer, Discours avant l’assaut sur Millsport
Ce passage condense toute la philosophie de la série. Pragmatisme brutal, méfiance des illusions, appel à l’action. Difficile de ne pas le souligner.